Le monument de Lysicrate ou Lanterne de Diogène sur la rue Tripodon

Monument Lysicrate Photo d'accueil
Le monument de Lysicrate au pied de l'Acropole © Evi S.

Les trépieds de la rue Tripodon

La rue Tripodon, où se trouve le monument de Lysicrate, n’est pas une simple rue dans le centre du vieux Athènes. Elle suit un tracé très ancien, reliant le site de l’Agora au théâtre de Dionysos. L’Agora était le marché de la cité antique mais aussi un lieu de rencontre, d’échange, l’endroit où la pensée des grecs anciens est née. Au théâtre de Dionysos, au pied de l’Acropole, se déroulaient d’importantes compétitions de théâtre, de chant, de poésie. On peut imaginer les athéniens de l’époque classique remonter la rue Tripodon pour assister à la représentation d’une pièce de Sophocle, d’Euripide ou d’Aristophane après avoir participé à une discussion philosophique avec Socrate !

Si on pouvait remonter le temps et se promener rue Tripodon il y a environ 2500 ans on verrait, de part et d’autre de la rue, des trépieds commémorant la victoire des chorèges lors des compétitions théâtrales. Mais qu’est-ce qu’un chorège ? On appelait ainsi les riches athéniens qui finançaient le chœur, les figurants, les costumes, les masques et les décors d’une pièce de théâtre, des sponsors, en utilisant un terme d’aujourd’hui ! Etre chorège (χορηγός/khorigos en grec, littéralement celui qui préside du chœur) était une charge lourde mais également un honneur, un moyen de montrer son importance et sa richesse, tout en participant à la vie culturelle de la cité. Un trépied couronné d’une sorte de coupe était offert par la cité au chorège vainqueur de la compétition. On y inscrivait le nom du chorège, la ville d’origine de la troupe théâtrale, le nom de l’auteur et, enfin, le nom de l’archonte (chef ou roi) de la ville. Le chorège avait le droit de le poser le long de la rue des Trépieds, rue Tripodon en grec.

La gloire de Lysicrate

Certains chorèges préféraient les édifices imposants, conçus comme des petits temples. Le monument de Lysicrate en fait partie. Construit par le chorège Lysicrate en 335-334, il est dédié à la victoire d’un choeur de jeunes de la tribu d’Akamantis, comme en témoigne la plaque explicative. Le fameux trépied était posé sur le sommet en forme d’acanthe : lui-même couronnait une rotonde en marbre, entourée de demi-colonnes corinthiennes et décorée d’une frise représentant un épisode de la vie du dieu Dionysos. Un socle carré en pierre surélevait l’édifice.

Lysicrate était certainement très fier de son monument qui se distinguait par sa taille et sa magnificence des autres monuments de la rue Tripodon. Mais les temps ont changé… La ville d’Athènes a connu une période de longue et lente décadence. Au moyen âge, le trépied ayant disparu depuis longtemps, on croyait que l’acanthe qui décorait son sommet avait servi comme appui à une lanterne. Or, selon la tradition, Diogène, philosophe cynique de l’antiquité classique, déambulait avec une lampe allumée en « cherchant l’homme ». La confusion entre le prétendu fanal du monument et la lanterne de Diogène s’est installée dans l’esprit des athéniens.

© Evi S.

Les français « occupent » la place

Des moines capucins français achetèrent une grande propriété en 1669 dans la ville d’Athènes, pour y fonder un couvent. Dans la vaste cour de cette propriété se trouvait le monument de Lysicrate. Les capucins, très actifs, ont gagné la sympathie des athéniens en soignant les malades et en fondant une école pour les enfants des catholiques de la ville. En parallèle ils étudiaient les monuments anciens, ils étaient d’ailleurs les premiers à avoir édifié une carte de la cité antique d’Athènes. Le monument de Lysicrate a été intégré au couvent des capucins, servant initialement de chapelle, puis de bibliothèque et de salle de lecture du couvent.

Des personnalités importantes ont séjourné dans le couvent des capucins, qui a fonctionné comme hospice : Chateaubriand, lord Byron, le consul français Fauvel et le peintre italien Baptiste Lusieri, l’agent local du lord Elgin, le même qui a dépouillé les marbres du Parthénon ! D’ailleurs, l’insatiable lord a voulu également emporter le monument de Lysicrate en Angleterre en faisant pression, puis en soudoyant les moines français. Heureusement ces derniers ont résisté fermement !

Le monument de Lysicrate avant sa restauration

Le monument de Lysicrate, un objet de litige !

Un conflit sur la propriété du site a éclaté dès l’achat du domaine par les moines français. L’ancien propriétaire ayant changé d’avis, il voulut récupérer le terrain prétextant que tous les monuments anciens étaient propriété du Sultan, donc que la vente était nulle. Au bout de plusieurs procès, le juge d’Athènes a tranché : le monument restait propriété du Sultan, mais les capucins pouvaient garder le site et étaient chargés de son entretien. Pendant la révolution de 1821, le couvent a été détruit par les troupes du pacha turc Omer Vryonis et le monument de Lysicrate a brûlé. En 1845, considérant que le monument lui appartenait, l’état français a entrepris sa restauration. Nouvelle bataille juridique, avec le gouvernement grec cette fois-ci ! Le litige a duré environ 50 ans. Plusieurs projets ont été évoqué : l’échange du monument de Lysicrate contre un terrain afin d’y fonder une école française religieuse ou d’y installer les locaux de l’Ecole Française d’Athènes, la construction d’un hôpital… Il paraît que ces projets aient été abandonnés.

Finalement la confection d’une grille a été confiée à un artisan niçois pour entourer le monument. Et deux bornes rappellent la contribution de la France à la sauvegarde du monument. Par ailleurs, une indemnité de 6980 drachmes 25 centimes a été versée par la mairie d’Athènes aux représentants du Fisc français !

La borne en français attestant les restaurations successives du monument © Evi S.
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